Les phytosanitaires
Pourquoi les mesure-t-on ?
L’utilisation des produits phytosanitaires, ou pesticides, s’est popularisée au siècle passé, d’abord par la profession agricole puis par les particuliers et les collectivités pour faciliter l’entretien des espaces verts communautaires ou privés. La plupart des molécules utilisées comme pesticides ont un effet néfaste pour la biodiversité, et leur impact est également controversé pour la santé humaine. De plus, une norme est fixée pour l’utilisation de l’eau de surface pour produire de l’eau potable : au-delà d’un seuil de 2 µg/L (toutes substances confondues) l’eau ne peut pas être utilisée pour produire de l’eau potable. Sous ce seuil, une forte concentration de pesticides dans l’eau prélevée implique un traitement difficile et couteux pour respecter les normes de potabilisation. Dans une région où 75% de l’eau potable provient des eaux de surface, le suivi des pesticides est un enjeu important. Sur le territoire de la baie de Douarnenez, le Ris et l’Aber sont tous les deux utilisés pour la production d’eau potable. Si la loi Labbé a interdit l’utilisation des pesticides pour les collectivités en 2017 puis pour les particuliers en 2019, elle restait autorisée pour le traitement de certains espaces comme les cimetières et les terrains de sport jusqu’en 2023 (échéance repoussée à 2025 pour certains espaces). En agriculture, la fréquence et la nature des traitements sont contrôlés. Si les effets des molécules mères (celles qui sont contenues dans le produit utilisé) sont plutôt bien étudiés, ceux de leurs métabolites (les molécules filles issues de la dégradation des molécules mères) sont bien moins connus. Ces métabolites sont cependant beaucoup plus mobiles et se retrouvent plus facilement dans les cours d’eau.
Où, quand ?
Après un bilan exhaustif en 2015, 6 cours d’eau sont suivis en alternance sur le paramètre “pesticides”. L’Aber, le Ris et le Lapic sont suivis les années paires (2022, 2024…) et le Kerharo, le Pentrez et le Stalas sont suivis les années impaires (2021, 2023…). Des suivis ponctuels à échelle plus fine peuvent également être mis en œuvre, comme sur le Lapic en 2015. Quelques analyses ont été réalisées sur le Kergaoulédan fin 2023 dans le cadre de la mise en place du périmètre de protection de la zone de captage d’eau souterraine.

Les prélèvements ont lieu une fois par mois, selon un protocole “temps de pluie”, c’est-à-dire lorsque la pluviométrie cumulée dépasse 10mm en 24h. En effet, les fortes pluies engendrent l’érosion des sols agricoles et favorisent ainsi les transferts de molécules mères vers les cours d’eau.
Les derniers résultats
D’après les résultats des deux dernières campagnes (2022 et 2023) :
- Les normes « eau potable » sont régulièrement dépassées sur les 6 cours d’eau suivis par l’EPAB
- Presque tous les phytosanitaires retrouvés sont des herbicides « grande culture » (maïs, blé) ou des débroussaillants. On ne trouve qu’un fongicide et aucun insecticide.
- Le glyphosate est la substance active la plus fréquemment retrouvée, et son métabolite (l’AMPA) est la cause d’un tiers des dépassements de norme ;
- Les métabolites du métolachlore, du nicosulfuron et du métazachlore sont systématiquement retrouvés, même s’ils ne causent pas systématiquement des dépassements de norme.
- Les molécules mères sont principalement retrouvées au moment de leur utilisation (été/début d’automne), dans des concentrations variables.
- Les métabolites sont retrouvés toute l’année, dans des concentrations relativement stables et indépendantes de la pluviométrie

Chaque année, les résultats sont présentés sous la forme d’une fiche de synthèse par cours d’eau.
Le protocole ainsi qu’une analyse poussée des résultats de l’année 2023 (3 cours d’eau) à l’échelle du territoire est disponible dans le rapport de 2023.
Les résultats des années 2022 et 2023 (6 cours d’eau) ont fait l’objet d’une présentation incluant également des notions de toxicologie, une approche de la réglementation en cours et des pistes d’amélioration.
Quelques clés pour comprendre les résultats
Les résultats des campagnes « phytosanitaires » sont cohérents avec l’occupation des sols agricoles (principalement blé, maïs, orge…), mais également avec les périodes de traitement et la topologie du territoire. En effet, sur des parcelles en pente et des cours d’eau parfois très encaissés, le risque de transfert des molécules phytosanitaires vers le milieu aquatique est important.
Les molécules retrouvées sont principalement celles dont l’usage est autorisé par la réglementation. Quelques métabolites retrouvés sont issus de substances dont l’usage n’est plus autorisé (alachlore ESA, acétochlore ESA). Cependant, on sait que leurs molécules mères sont très persistantes (c’est en partie cela qui a justifié la fin de leur autorisation) et le fait des retrouver ces métabolites est le témoin d’un usage passé, « enregistré » dans les sols.
Quels leviers pour diminuer la teneur en pesticides des cours d’eau ?
Plusieurs leviers sont mobilisables (et pour beaucoup déjà mobilisés) pour limiter la présence de phytosanitaires dans les cours d’eau.
- Supprimer l’usage des produits : favoriser le désherbage mécanique, convertir en bio des parcelles les plus à risque…
- Réduire l’usage : Améliorer les modalités de traitement afin de réduire la dose utilisée :
- Traiter tôt (stade jeune)
- Avec de bonnes conditions climatiques : pas de vent, pas de pluie dans les prochains jours
- Limiter les transferts :
- En diminuant le risque d’érosion par l’amélioration des pratiques : sillons perpendiculaires à la pente, limitation des sols nus…
- En protégeant le cours d’eau : respecter les distances de traitement par rapport au cours d’eau, créer des aménagements pour maintenir le sol dans la parcelle (mise en place de talus, bandes enherbées, ceinture de bas-fond…)
En conclusion
Avec le perfectionnement des pratiques agricoles et la réalisation d’aménagements paysagers (talus et bandes enherbées), le risque de transfert des molécules mères via l’érosion des sols diminue petit à petit. Cependant, le transfert des métabolites est bien moins impacté par ses aménagements car ils sont produits en continu par les substances figées dans le sol et beaucoup plus mobiles que ces dernières. Ainsi, les concentrations en métabolites dans l’eau ne pourront être limitées que par la diminution voire l’arrêt total de l’utilisation des pesticides.
Pour aller plus loin
Campagnes d’analyse des concentrations en pesticides dans le cours d’eau du Lapic par sous- bassins versants (2015) Cette étude a permis de déterminer les principales origines des pesticides mesurés à l’exutoire du Lapic et de proposer des actions pour y remédier
Campagnes d’analyse des concentrations en pesticides dans le cours d’eau du Rodig par sous- bassins versants (2019) Le Rodig (anciennement appelé Pentrez) montrait en 2017 des dépassements fréquents et importants des normes sur l’eau potable. Cette étude a permis de mettre en évidence la vulnérabilité de l’un des bras du cours d’eau et propose un ciblage des actions en conséquence.
Documents à consulter
- Suivi des molécules phytosanitaires (pesticides) sur le bassin versant de la baie de Douarnenez 2023