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Rôles et historique du bocage

Les rôles du bocage

Protection de la ressource en eau

Le bocage joue un rôle crucial dans la préservation de la qualité et de la quantité de l’eau sur notre territoire. Les haies agissent comme des barrières naturelles, en ralentissant le ruissellement, elles favorisent une meilleure infiltration des eaux de pluie dans le sol et une recharge plus efficace des nappes phréatiques. Elles contribuent également à limiter le transport direct de polluants tels que les nitrates et les produits phytosanitaires vers les cours d’eau, en freinant et en filtrant les eaux de ruissellement grâce à l’action des micro-organismes et des végétaux présents sur les talus. Par ailleurs, en période de sécheresse, un bocage dense aide à réguler l’évapotranspiration, conservant l’humidité dans le sol et réduisant ainsi les pertes d’eau par évaporation.

Lutte contre l’érosion des sols

Dans les zones dépourvues de bocage, les fortes pluies entraînent un phénomène d’érosion des sols particulièrement marqué. L’eau de pluie, ne pouvant s’infiltrer, ruisselle en surface et emporte les particules de terre, provoquant des coulées de boue vers le bas des parcelles ou les cours d’eau. Ce phénomène, accentué dans les terrains pentus, constitue l’une des principales causes de dégradation des sols en France.   L’aléa érosif des sols bretons a été évalué à l’aide du modèle cartographique MESALES, qui prend en compte des facteurs tels que l’occupation du sol, la battance, la pente, l’érodibilité et le climat. Cette étude révèle qu’environ 20 % du territoire en Bretagne, notamment dans des zones à la topographie très marquée comme la baie de Douarnenez, est exposé à un risque élevé d’érosion hydrique. Les pertes de terre y sont estimées à 1,5 tonne par hectare et par an en moyenne*.

L’érosion, en plus de causer des dégâts irréversibles aux terres agricoles, entraîne une dégradation de la qualité des eaux aussi bien superficielles que souterraines. Pour limiter ce phénomène, les talus et haies jouent un rôle clé. Lorsqu’ils sont implantés perpendiculairement à la pente ou en ceinture de bas-fond, ils ralentissent le ruissellement des eaux, réduisant ainsi le lessivage des nutriments et la perte de terres fertiles. En freinant les processus d’érosion, ces infrastructures agroécologiques protègent les sols agricoles tout en préservant la qualité des milieux aquatiques.

Protection des cultures et des animaux

Le bocage agit comme un brise-vent, il réduit les effets néfastes des intempéries sur les cultures, comme la verse des céréales causée par des vents violents ou le dessèchement accéléré par une exposition prolongée aux courants d’air. En limitant l’évaporation de l’eau dans le sol, il créé un microclimat plus stable et favorable à des rendements agricoles accrus.

Pour les animaux d’élevage, les haies constituent un refuge naturel contre les aléas climatiques. Elles offrent un abri contre les vents froids en hiver, réduisant le stress thermique, et fournissent de l’ombre lors des fortes chaleurs estivales, améliorant ainsi leur confort, leur bien-être et également leur performance productive.

Biodiversité et corridors écologiques

Le bocage peut héberger jusqu’à 80 types d’oiseaux, 35 espèces de mammifères, 600 espèces végétales, 60 espèces d’araignées, 100 espèces d’insectes et 14 espèces de reptiles et de batraciens*.

Sa structure en haies, talus et zones boisées offre des refuges, des sites de reproduction et des ressources alimentaires. Nombre de ces espèces sont des auxiliaires de culture : alliés naturels jouant un rôle prépondérant dans la régulation des ravageurs de culture. La richesse du bocage repose sur la densité des haies et leur structure en trois strates – herbacée, arbustive et arborée – enrichies par des éléments comme les ronces, le bois mort et le lierre. Ces caractéristiques multiplient les habitats et favorisent ainsi une diversité floristique et faunistique.

Enfin, le bocage forme des corridors écologiques, essentiels pour connecter les espaces naturels et permettre les déplacements, la reproduction et la survie des espèces. Ce rôle est indispensable pour limiter les effets de la fragmentation des habitats et préserver la biodiversité.

Valorisation énergétique et économique

Le bois issu des haies, lorsqu’il est géré durablement, peut participer à la diversification des revenus agricoles par la production de bois d’œuvre, de plaquettes pour la litière ou le paillage et peut constituer une source d’énergie renouvelable : en bûches il est utilisé pour le chauffage, transformé en plaquettes il peut alimenter des chaufferies locales favorisant ainsi les circuits courts et limitant les émissions liées au transport.

Le saviez-vous ?
Le Plan Bois Énergie Bretagne propose des financements et un accompagnement technique pour soutenir les projets liés au bois énergie. Ce programme est animé par AILE et FIBOIS Bretagne.

Il s’adresse aux projets de chaufferies bois (granulé ou déchiqueté), avec ou sans réseau de chaleur, pour des usages collectifs ou dans les secteurs tertiaires, industriels, agricoles ou artisanaux.

Les aides comprennent :

  • Jusqu’à 80 % pour une étude de faisabilité ou une assistance à maîtrise d’ouvrage.
  • Un soutien financier pour l’investissement dans des chaufferies bois, réseaux de chaleur, ou outils de préparation de combustible, avec des montants ajustés selon le maître d’ouvrage et la production d’énergie renouvelable.

Stockage de carbone et régulation climatique

Le bocage joue un rôle déterminant dans la lutte contre le changement climatique, notamment par sa capacité à capter le carbone et à créer un microclimat local. Les haies bocagères, constituées d’arbres, d’arbustes et de végétation herbacée, absorbent le dioxyde de carbone (CO₂) de l’atmosphère grâce à la photosynthèse et le stockent dans leur biomasse (troncs, branches, feuilles, et racines). Ce carbone est également retenu dans le sol et dans la litière composée de feuilles mortes et de branchages en décomposition.

Le bocage contribue ainsi à réduire l’impact des émissions de gaz à effet de serre issues de nos activités quotidiennes, comme les déplacements, le chauffage ou la fabrication de biens. Toutefois, le stockage de carbone varie selon de multiples facteurs, tels que l’âge des haies, leurs essences, leur résistance aux maladies, leur densité, leur entretien, etc. rendant toute estimation difficile à généraliser. D’autre part, la recherche, encore au stade expérimental, ne permet pas pour l’instant de fournir des données précises sur ce potentiel de stockage.

Il est également essentiel de souligner que les haies, à elles seules, ne pourront pas compenser l’ensemble de nos émissions de gaz à effet de serre. Réduire drastiquement nos émissions reste indispensable pour limiter le changement climatique

Par ailleurs, les haies atténuent les variations climatiques locales en réduisant les vents, en modérant les températures et en limitant l’évaporation des sols, ce qui les protège des épisodes de froid et de sécheresse. Ces atouts font du bocage un levier indispensable pour l’adaptation des territoires agricoles aux enjeux climatiques actuels et futurs.

Patrimoine paysager et culturel

Les haies et talus composent un paysage unique, véritable spécificité de notre territoire, qui reflète son histoire et sa culture. Ce patrimoine, façonné par les usages passés et actuels, allie diversité et identité locale : arbres têtards, chemins creux, alignements d’arbres de haut-jet, talus empierré, chaque élément raconte une histoire.

Le bocage offre également un cadre propice aux loisirs tels que la randonnée ou la chasse, renforçant l’attractivité des territoires. Présent partout en Bretagne – champs, routes, villages – il enrichit notre cadre de vie au quotidien.

Enfin, depuis toujours, les arbres fascinent les hommes. Leur présence apaisante, leur beauté singulière, leurs formes uniques, leurs couleurs changeantes au fil des saisons et leur longévité impressionnante en font une source d’inspiration intarissable qui a nourri l’imaginaire de poètes, écrivains et peintres à travers les âges. En Bretagne de nombreux proverbes et dictons reflètent la profonde connexion entre les Bretons et leur environnement naturel, en particulier avec les arbres.


L’histoire du bocage

Le bocage est un paysage rural façonné par l’Homme, caractéristique de certaines régions, notamment de l’Ouest de la France comme la Bretagne. Il se compose d’un réseau d’arbres isolés ou alignés, de haies linéaires et continues, souvent surélevés par des talus, qui délimitent cultures, prairies ou pâturages. Ces haies, composées de strates végétales variées (herbacée, arbustive et arborée), sont fréquemment bordées de fossés, chemins creux, murets ou ruisseaux.

Véritable patrimoine paysager, le bocage est évolutif. Ses origines sont très anciennes, elles remontent à l’âge de Fer. Au Moyen Âge (5ᵉ-15ᵉ siècle) il se développe doucement mais c’est au 16ᵉ siècle que le droit de clôturer les terres s’affirme : la loi permet alors aux propriétaires fonciers de délimiter leurs parcelles à l’aide de talus et de haies. Au 18ᵉ siècle, la législation évolue davantage, rendant la clôture obligatoire. Ainsi, tout propriétaire négligeant de fermer son champ devenait responsable des dommages causés à ses cultures par des animaux errants. Le bocage va donc progresser jusqu’en 1950. La fonction première de la haie est alors d’organiser la coexistence entre culture et élevage. Elles fournissaient également bois et fruits, indispensables au chauffage, à la construction, à l’alimentation et à l’élevage au quotidien.

A son apogée en 1950, 2 millions de kilomètres de haies dessinent la campagne française. Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle le paysage change drastiquement. L’émergence de nouvelles sources d’énergie comme l’électricité et le fioul contribue à diminuer les intérêts directs des haies. Parallèlement, la politique agricole axée sur la productivité, visant à faire de la France une puissance agricole mondiale, encourage la mécanisation, la spécialisation des systèmes de production et l’agrandissement de la taille des exploitations. En outre l’exode rural vide les campagnes de ces habitants. Ces changements conduisent à l’agrandissement des champs et à la suppression de 70 % des haies et talus de 1950 à 1990. 1,4 million de kilomètres vont être détruit à l’échelle nationale, c’est l’ère du remembrement.

En Bretagne, ces bouleversements sont particulièrement marqués : 220 000 kilomètres de haies et talus boisés disparaissent entre 1964 et 1994. Ce processus visant à recomposer la propriété agricole, suscite de vives résistances, notamment dans le Finistère où les agriculteurs, souvent propriétaires de leurs terres, s’opposent à ces changements.

Le remembrement représente une révolution culturelle et sociologique, transformant profondément l’organisation sociale des terroirs agricoles. Il bouleverse également l’équilibre écologique des campagnes, modifiant durablement les paysages et impactant les ressources naturelles.

Aujourd’hui, les défis environnementaux, tels que la dégradation de la qualité de l’eau, l’érosion des sols et la diminution de la biodiversité, rappellent l’importance des services rendus par le bocage. Bien plus qu’un simple aménagement, il joue un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes et le soutien à une agriculture durable.

C’est pourquoi, depuis 2013, L’EPAB est chargé de mettre en œuvre le programme « Breizh Bocage » sur le territoire de la baie de Douarnenez. Ce projet visant à restaurer et renforcer le maillage bocager, contribue à préserver la qualité de l’eau et à protéger les milieux naturels du bassin versant. 

Carte de l’évolution du bocage

(source : IGN Remonter le temps)