Diagnostic agraire du Porzay et du Pays de Douarnenez
Entre mars et septembre 2024, Francesca Aloisi a réalisé son stage de M2 en Développement Agricole (AgroParisTech) au sein de l’EPAB, partenaire du projet GreenSeas.
Elle a réalisé le diagnostic agricole du Porzay et du Pays de Douarnenez, en utilisant la méthode du diagnostic agraire, conçue pour comprendre et caractériser l’évolution de l’agriculture d’un territoire. Elle a réalisé un grand nombre d’entretiens avec des agriculteurs et agricultrices retraités, qui lui ont permis de retracer l’évolution de l’agriculture de la zone, de la polyculture-élevage des années 50 aux spécialisations progressives – laitière puis porcine – jusqu’aux années 2020.
La géographie de la région d’étude (proximité de la baie de Douarnenez, organisation des sols, réseau hydrographique dense) ainsi que son histoire sont des clés de compréhension des types de systèmes de production présents aujourd’hui, de leur localisation et de leur fonctionnement technico-économique. Dans cette zone soumise à la prolifération d’algues vertes sur son littoral, ce diagnostic a aussi permis d’approcher le coût, économique mais aussi moral des plans de lutte contre les algues vertes et autres réglementations environnemental, perçu par les agriculteurs.
Retrouvez le rapport complet ici.
Nous vous proposons ci-dessous une synthèse
Deux régions contrastantes : le Porzay et le Pays de Douarnenez
L’étude géographique a permis de mettre en évidence deux régions contrastantes :
- les terres fertiles du Porzay, sur les schistes du Briovérien, où dominent les grandes cultures (maïs, orge, blé) et quelques prairies dans un paysage ouvert. Le Porzay est principalement associé à l’élevage porcin et laitier.

- le Pays de Douarnenez, sur le granite de Pouldergat, où l’on trouve principalement des prairies permanentes et temporaires et un paysage de bocage. Le Pays de Douarnenez est principalement associé à l’élevage laitier.

De la polyculture-élevage à une grande diversification
Basée sur des entretiens avec des agriculteurs et agricultrices retraités, l’analyse historique a permis de retracer l’évolution de l’agriculture de la région d’étude, de la polyculture-élevage des années 50 aux spécialisations progressives (laitière d’abord puis porcine) jusqu’aux années 2020. Ces transformations se sont accompagnées d’une mécanisation, d’une augmentation de la productivité physique du travail et d’une augmentation de la surface par actif.
Cette étude aboutit à une typologie permettant d’appréhender la grande diversité de systèmes dans la région d’étude, dont certains sont en cours d’essai et se sont mis en place dans les derniers 15-20 ans (le système laitier 100% herbager, le système maraîchage, le système grandes cultures) ; d’autres, existant depuis plus longtemps, sont stables (le système porcin naisseur/engraisseur), d’autres encore qui risquent de disparaître (le système mixte laitier/porcin, le système 55 vaches laitières).

Relation entre le système agricole et le revenu
Le calcul d’indicateurs économiques tels que la Valeur Ajoutée Nette (VAN) et le Revenu Agricole Familial (RAF) en fonction de la surface permet d’appréhender les différents systèmes et de les comparer, sans prétendre établir une hiérarchie entre ceux-ci.


Les revenus apparaissent très contrastés
L’exploitation laitière (55VLPH) qui est le modèle dominant n’apparait pas comme le plus rémunérateur. Au sein des exploitations laitières, l’ajout de nouveaux ateliers (légumes, porc à façon) ou le passage en systèmes davantage herbagers sont des manières d’augmenter la valeur ajoutée et le revenu familial. Les systèmes 100% herbe, les grandes cultures ont des revenus comparables au système de référence. Les systèmes porcins restent les plus générateurs de valeur ajoutée, et les plus rémunérateurs. Le maraichage et les vaches allaitantes sont des systèmes beaucoup moins rémunérateurs.
Une dépendance aux subventions contrastée

Les RAF des différents systèmes porcins montrent que certaines subventions, telles que les PSE ne sont pas tant attractives pour la prime reçue (qui par actif représentent moins de 10% du revenu), mais pour le processus enclenché (implantation de haies, talus, etc..). On observe que le système grandes cultures est assez dépendant des primes. Le système qui dépend le plus des aides et qui touche le plus d’aides/actif est le système conventionnel 55 VL PH. Les systèmes laitiers avec légumes, porcs à façon sont davantage résilients, notamment grâce à leur diversification.
Les coûts socio-économiques des plans de lutte contre les algues vertes
Lors des entretiens, il apparaît que beaucoup d’agriculteur·ice·s ne font pas de différence entre la Directive Nitrates et la Plan Algues Vertes, les mesures environnementales sont perçues dans leur ensemble comme des « charges » à porter, qui confèrent un statut « d’agriculteur·ice-pollueur ».
Certaines mesures sont bien perçues, comme les couverts hivernaux (CIPAN), car ils permettent de structurer le sol avec leurs racines pivotantes, et diminuent l’érosion des sols en hiver. D’autres mesures sont moins bien perçues, telles que la limitation d’épandage, souvent associées avec une baisse de rendement et donc de la production.
Les agriculteur·ice·s évoquent également la pression administrative qui pèse sur leur travail.
Ainsi, il en ressort que les mesures environnementales représentent avant tout une pression sociale, générant un « coût moral » important.





