Gestion durable du bocage
Une gestion durable indispensable : pourquoi ?
Pour pérenniser le bocage dans le temps, préserver les nombreux services écosystémiques qu’il offre lutte contre l’érosion, préservation de la qualité de l’eau, maintien de la biodiversité, protection des cultures et des animaux – et lui donner une valeur économique en exploitant son bois, il est essentiel d’entretenir durablement le bocage.
Malgré les réglementations qui entoure le bocage et les programme de replantation, aujourd’hui, en France 80 %* du bocage est en état dégradé et la disparition des haies continue d’avancer : plus de 23 000* kilomètres de haies disparaissent chaque année.
(* sources Réseaux haies)
Quelles sont les causes de cette érosion ?
- Le vieillissement
De nombreuses haies ne sont plus entretenues aujourd’hui faute de main-d’œuvre et en raison de leur perception comme une charge financière coûteuse en temps de travail et non rentable. Ce phénomène va s’intensifier avec le départ à la retraite de 50 % des agriculteurs dans les dix prochaines années, doublant ainsi la charge d’entretien par exploitation sans augmentation correspondante de la main-d’œuvre dédiée à leur gestion.
- Des pratiques d’entretien dégradantes
Faute de main d’œuvre et de temps les agriculteurs ont abandonné la gestion manuelle sylvicole au profit de méthodes mécaniques plus rapides mais dégradantes. Ces techniques, telles que l’utilisation de lamier, épareuse ou broyeur, sont excessives et non sélectives. Cette approche inadaptée affaiblit progressivement la structure des haies et, à terme, entraîne leur disparition.
- Les arasements
Malgré l’interdiction imposée par la PAC, l’arasement des haies reste une pratique courante. En effet, 32 % des haies en France ne sont pas déclarées dans le cadre de la PAC et échappent ainsi à cette réglementation. Chaque année, environ 23 000 km de haies disparaissent. « Dans le Trégor au total, 159,2 km de haies ont disparu entre 2003 et 2023. » voir l’enquête de Splann sur le bocage* https://splann.org/enquete/bocage/
- La sur-exploitation
Le développement des filières biomasse, stimulé par l’implantation de chaufferies, exerce une forte pression sur le bocage, particulièrement dans les régions où la forêt est peu présente. Face à la demande croissante de bois, certains chantiers exploitent les haies de manière intensive, sans exigence de certification type Label Haie, compromettant ainsi leur durabilité. Parallèlement, la modernisation agricole a marginalisé la haie, perçue aujourd’hui par les agriculteurs – pourtant principaux gestionnaires – comme une contrainte sans valeur économique ni culturelle. La préservation et la revalorisation du bocage passent donc par la mobilisation des agriculteurs, véritables acteurs-clés de sa gestion.

Qu’est-ce qu’une gestion “durable” ?
- Respecter la bonne période d’intervention. Les travaux d’entretien des haies doivent être effectués entre le 16 août et le 15 mars, conformément à la réglementation de la PAC. Cette période a été définie afin de respecter le cycle végétatif des arbres, qui entrent en repos durant l’hiver. À l’inverse, le printemps et l’été sont des saisons de montée de sève pour les arbres et sont cruciales pour la reproduction et la nidification des oiseaux. De nombreuses espèces, telles que le merle, le rouge-gorge ou le pinson, font leur nid dans les haies. Toute intervention durant cette période perturberait les couvées. L’envol des derniers oisillons ayant lieu fin août, il est recommandé d’attendre cette date avant toute intervention.
Période d’intervention légale : du 16 août au 15 mars
- Respecter la physiologie de l’arbre. Une intervention excessive ou mal réalisée peut affaiblir l’arbre et précipiter son vieillissement : il convient de retirer 1/3 des branches au maximum. En effet une réduction trop sévère des branches provoque la production de gourmands (pousses rapides de branches non contrôlée) ce qui entraîne une gestion plus difficile à long terme. Il faut réaliser des coupes franches, nettes, sans éclatements, proches du tronc afin d’éviter le pourrissement, les maladies et d’assurer la bonne cicatrisation de l’arbre. En cas de gestion en cépée, en taillis il faut réaliser des coupes lisses au ras de la souche pour permettre aux rejets l’année suivante de repartir sur une base solide.


- Choisir le matériel adapté : La coupe à la tronçonneuse est à privilégier. Elle assure une coupe nette et précise garantissant la pérennité de l’arbre. Elle permet une coupe sélective entre les différents arbres : ceux d’avenir à conserver, ceux à élaguer pour limiter l’emprise sur les parcelles ou la route ou encore ceux à abattre ou recéper. Une intervention tous les 10-15 ans suffit, contre tous les 3-4 ans avec le lamier. Le bois coupé devient alors une ressource valorisée plutôt qu’un « déchet ». Des économies et des revenus sont assurés sur le long terme. L’épareuse produit des blessures aux arbres (éclatement des branches), réduisant la qualité du bois et apportant des maladies le lamier à scie ou sécateur hydraulique : permet une coupe franche mais imprécise aucune sélection n’est possible et un rattrapage des coupes à la tronçonneuse est nécessaire pour éviter les chicots.

- Les coupes rases, qui empêchent la repousse, sont interdites par la règlementation PAC, seul une coupe assurant la repousse est autorisée, que ce soit par régénération naturelle ou plantation. L’abattage simultané de tous les arbres d’une même haie est fortement déconseillé car il freine la régénération de la haie – il n’y a pas de sélection des arbres donc cela entraîne une moins bonne valorisation du bois sur le long terme et une atteinte à la biodiversité. « Le bocage peut également faire l’objet d’un classement en « Espaces Boisés Classés » ou en « Elément de Paysage à protéger » dans les documents d’urbanisme (PLU, PLUi, carte communale,..). Ces règlementations viennent s’ajouter à la réglementation PAC. Avant toute intervention sur les arbres il est donc essentiel de se renseigner !
Face à l’érosion du bocage, L’EPAB via le programme « Breizh Bocage », met en œuvre des actions d’information, de sensibilisation de formation à la gestion durable du bocage sur le territoire de la baie de Douarnenez :
MAEC : Mesures Agro-Environnementales et Climatiques
Les Mesures Agro-Environnementales et Climatiques sont un dispositif offrant un soutien financier aux agriculteurs qui s’engagent à adopter ou préserver des pratiques agricoles permettant d’être plus résilients face aux changements climatiques. Un cahier des charges national et un plan de gestion établi avec la technicienne de l’EPAB définissent les méthodes et périodes d’intervention ainsi que les outils à utiliser.
Les formations
Régulièrement l’EPAB organise des formations sur le bassin versant de la Baie de Douarnenez sur la gestion durable des haies bocagères
Formations à destination des agriculteurs :
Gestion durable des haies bocagères à la tronçonneuse
- Organisation efficace d’un chantier bois et sécurité
- Choix du matériel adapté
- Techniques d’entretien et d’exploitation sylvicole des haies (rattrapage des chicots, élagage, recépage, abattage, etc)
Entretien des jeunes haies plantées
- Au pied des jeunes haies
- Échanges sur leur évolution et conseils sur les conduites à adopter en fonction de leur développement et des objectifs et contraintes
- Démonstration sur les techniques de taille adaptées
- Mise en pratique
Vous souhaitez suivre une formation ? N’hésitez pas à nous contacter !
Journées techniques à destination des collectivités :
Visite chantier de gestion durable des haies de bord de route :
- Objectifs de gestion
- Modes de gestions
- Calendrier d’intervention – Aspects juridique et règlementaire
- Matériel
- Filière de valorisation du bois
Animation et chantier participatif à destination des scolaires
L’EPAB propose également des animations et chantiers participatifs dans les établissements d’enseignement primaire et agricole. Ces actions permettent aux jeunes générations de mieux comprendre l’importance des haies bocagères et leur rôle dans la préservation de l’environnement.

